Nous nous rendons maintenant à l’exposition « Regards sur l’art médiéval », concrétisation somptueuse d’un partenariat établi entre la ville de Châlons et le musée du Louvre. L’exposition dresse un panorama de la production artistique en France, du XI° au début du XVI° siècle. Elle veut mettre en rapport le riche patrimoine monumental et mobilier de la ville, ancienne cité de drapiers, et 83 œuvres médiévales prêtées par le département des sculptures du Louvre. 8 d’entre elles, d’origine châlonnaise, conservées au Louvre depuis 1895, reviendront d’ailleurs dans leur ville d’origine sous la forme d’un dépôt. Châlons fournit, pour sa part, 54 oeuvres d’art : des sculptures,de l’ivoirerie, de l’orfèvrerie, des enluminures… 
| Vierge à l'Enfant |
Dans le hall d’entrée, une bonne surprise nous attend : Un espace tactile a été aménagé à l'intention des aveugles et des mal-voyants. Il met à la disposition des visiteurs sept moulages d'œuvres majeures de la sculpture médiévale et des exemplaires de l'outillage utilisé pour pratiquer cet art. Ces objets, qui peuvent être manipulés, sont accompagnés de cartels en braille. Je m’essaye à comprendre ce que je sens au moyen des mains, en fermant les yeux, mais je ne peux m’empêcher de les rouvrir pour vérifier mes impressions… La visite s’organise sur deux niveaux. Le parcours commence au rez-de-chaussée par l’art roman, suit le passage au gothique, puis montre l’évolution et l’apogée de ce style. Grâce à la diversité des œuvres, on voit bien que la sculpture n'est pas isolée parmi les arts de cette époque, mais doit se lire constamment en rapport avec les autres techniques, et cela met en lumière la richesse, la diversité et les spécificités du patrimoine
médiéval châlonnais. Les chapiteaux sculptés, comme au cloître, gagnent,dans le temps, en précision artistique : des aigles et quadrupèdes (des cerfs ?) sont posés sur un délicat motifs de vannerie (XII°s) ; des monstres ailés sortent d’entrelacs ; historiés, ils nous content des scènes bibliques : l’Annonciation ou la visitation, le martyre des Saints…  |  | Scènes édifiantes de martyres des Saints |
Un gisant de bois sombre nous arrête : il s’agit de Blanche de Champagne, duchesse de Bretagne, qui nous vient du Limousin, au début du XIVe siècle. L’ âme de bois de noyer est recouverte de plaques faites d’un alliage de cuivre et d’étain. Le bois apparaît par endroits, rendant l’ensemble émouvant. Mais la grande émotion vient des deux têtes d’un couple qui se regarde avec tendresse. Ils sont coiffés à la mode de St Louis. Elle porte un touret posé sur une mentonnière, ses cheveux sont pris dans une résille, il retient ses cheveux mi-longs et frisés par un cercle de métal. A leurs côtés, un ange réjoui nous sourit des lèvres et des yeux. La visite se poursuit à l’étage,où l’ancienne salle d’archéologie a été entièrement rénovée pour l’occasion. On y découvre des oeuvres du Gothique classique et tardif. Les sculptures, et les retables sont ponctués de tables où l’on expose crucifix, enluminures, bibles, livres d’heures… : tout nous attire, dans cette belle salle aux murs chauds et aux grandes fenêtres.
Une Piéta nous retient plus longuement : Elle vient de Bourgogne, de la région de Cîteaux, du début du XVIe siècle. C’est une pierre polychromée, qui est à Paris, au musée du Louvre. Le thème de la Piéta,ou « Vierge de Pitié» (représentation de la Vierge Marie assise portant sur ses genoux le cadavre de Jésus descendu de croix) apparaît d’abord dans la région rhénane. C’est à partir du XV° s qu’il connaît en France une large diffusion avec de nombreuses variantes dans l’attitude de la Vierge et dans la position du corps du Christ, et parfois du fait de la présence d’autres personnages liés à la Passion : Jean, Marie-Madeleine, des anges, comme on le voit dans un des retables de la salle… L’harmonie générale de la composition
fait de cette Piéta une très belle représentation de ce thème, à la charnière entre Gothique et Renaissance.  | Piéta |
L’exposition se termine sur une tête de Christ couronnée d’épines, de Champagne, du début du XVI° siècle. Elle aussi en pierre polychrome et d’un réalisme surprenant, avec son air de souffrance et ses larges cernes vertes sous les yeux. Elle appartenait à une statue de Christ représenté debout, portant les marques de la flagellation, un manteau rouge sur les épaules et un roseau entre les mains liées, insignes d’une royauté dont ses bourreaux avaient fait un sujet de dérision. Cette image est désignée par l’expression latine «Ecce Homo», c’est-à-dire «Voici l’Homme» car Jésus y est représenté tel qu’il fut montré au peuple par le gouverneur Ponce Pilate.

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Avant de quitter l’exposition,nous repassons devant les oeuvres les plus touchantes… Ce qui était intéressant, dans la scénographie de l’expo, c’était limpidité de la succession chronologique. Plus de six siècles de création confrontaient simultanément des œuvres de toute la France à celles de la région champenoise. Ce dialogue nous a permis de mieux saisir les diverses évolutions artistiques qui font du Moyen Âge un moment d’intense innovation. | |